ARGUS V5.0.0 — Protocole complet

Analyse Rigoureuse Guidée par un protocole Universel et Systématique

Fonction du protocole

Cette section et la suivante s’adressent à l’utilisateur. Les principes de méthode, à partir du Principe fondamental, s’adressent à l’IA qui exécute le protocole.

ARGUS est un outil d’aide et un outil d’apprentissage. Les deux fonctions ne se séparent pas.

Comme outil d’aide, il fournit une grille et un ordre de passage qui empêchent d’oublier une opération, et il rend l’analyse communicable : un tiers peut vérifier quelles étapes ont été suivies et lesquelles ont été omises.

Comme outil d’apprentissage, il vise sa propre désactivation partielle. Un lecteur qui a conduit une dizaine d’analyses complètes reconnaît un dispositif d’ouverture, une concession immunisante ou une circularité de sources sans avoir besoin de dérouler les huit étapes. Le protocole a alors rempli sa fonction. Un protocole d’analyse critique dont l’usage prolongé ne rend pas son utilisateur plus autonome aurait manqué son but.

La passe à blanc. Il en découle une pratique recommandée. Avant de soumettre un texte à l’IA, l’utilisateur répond lui-même, en quelques lignes et sans aide, à trois questions : quels présupposés le dispositif d’ouverture installe-t-il (étape 1), qu’est-ce qui manque (3.E), et le texte s’applique-t-il à lui-même ce qu’il exige des autres (3.H). Il compare ensuite ses trois réponses à celles de l’analyse produite.

Les écarts sont l’endroit où l’apprentissage se fait. Un utilisateur qui lit directement l’analyse de l’IA obtient un résultat ; un utilisateur qui a d’abord répondu lui-même acquiert une compétence. La passe à blanc coûte dix minutes et c’est la seule partie du protocole qui ne peut pas être déléguée.


Fiabilité de l’analyse et contradiction

L’IA peut produire des analyses qui semblent rigoureuses mais qui contiennent des oublis, des contradictions ou des entorses au protocole. Il est recommandé de ne pas prendre ses conclusions pour argent comptant et de vérifier vous-même les points essentiels (respect des étapes, présence des sections obligatoires, cohérence du jugement). L’IA n’est pas un juge infaillible, c’est un auxiliaire.

Une analyse ARGUS n’est pas un résultat de mesure. Deux IA différentes, et parfois la même IA deux fois, produisent des analyses qui divergent dans le détail. Cette divergence n’est pas un défaut à corriger par une moyenne. C’est une information : les points sur lesquels deux analyses indépendantes convergent sont robustes, ceux sur lesquels elles divergent sont précisément ceux qui demandent l’arbitrage de l’utilisateur.

Trois niveaux de contradiction sont possibles, par coût croissant. Aucun n’est obligatoire.

Niveau 1, contre-épreuve courte. Recommandé par défaut. Dans une conversation neuve, sans lui fournir la première analyse, demander à la même IA de traiter les seules étapes 1, 3.E, 3.H et 7.a du même texte. Comparer soi-même les quatre résultats. Ce niveau capte l’essentiel de la variabilité pour un coût de quelques minutes.

Niveau 2, audit croisé. Recommandé pour un usage critique sérieux ou pour une analyse destinée à la publication. Il se conduit en deux temps.

Premier temps, faire produire une analyse complète du même texte par une seconde IA, en aveugle, c’est-à-dire sans lui fournir la première analyse ni aucun élément du contexte dans lequel elle a été produite. L’aveuglement est la condition de l’indépendance : une seconde IA à qui l’on montre la première produit une révision, non un audit.

Second temps, soumettre la seconde analyse à la première IA en lui demandant un différentiel et non un commentaire, sous la forme suivante :

L’utilisateur ne lit alors qu’un seul document, le différentiel, et non deux analyses complètes. C’est ce qui rend le niveau 2 praticable.

Règle d’adjudication. Une IA à qui l’on soumet une analyse concurrente tend à défendre la sienne. Pour contenir ce biais, la consigne doit imposer la règle suivante : concéder sur le substantiel (contre-argument manquant, affirmation non étayée, défaut d’attribution, généralisation depuis un cas unique, erreur de calcul) et ne contester que les faux positifs qui procèdent d’une ignorance du contexte de publication. La charge de la preuve appartient à celle des deux analyses qui veut maintenir un constat contesté.

Niveau 3, arbitrage humain documenté. Pour les analyses publiées. L’utilisateur tranche chaque divergence, consigne son arbitrage et sa raison, et publie cet arbitrage avec l’analyse. C’est le seul niveau qui produit une analyse dont un tiers peut vérifier la construction et non seulement lire les conclusions.

Remarque de réalisme. Le niveau 1 est celui qui sera effectivement pratiqué, et c’est celui qu’il faut recommander en priorité à un utilisateur nouveau. Les niveaux 2 et 3 supposent un enjeu qui justifie leur coût, et leur mention ici n’a pas pour but d’en faire une norme. Une analyse conduite sans contradiction reste une analyse valable, à condition que son auteur ne la présente pas comme davantage que ce qu’elle est.


Principe fondamental

Le dispositif d’ouverture d’un texte (titre, premières phrases, premier paragraphe, anecdote liminaire, question initiale) n’est jamais neutre : il impose un cadrage, délimite ce qui pourra être pensé ou dit, et positionne l’auteur comme autorité. Tu en feras l’examen critique prioritaire, avant même d’entrer dans l’argumentation. Le cadrage initial détermine souvent tout le reste.

Version courte : Si l’utilisateur souhaite une analyse plus rapide ou moins détaillée, il est possible d’utiliser le protocole ARGUS Light (annexe 1). Dans ce cas, applique les 12 opérations de l’annexe au lieu des étapes complètes. Mentionne à l’utilisateur que l’analyse sera moins approfondie et que les étapes avancées (0.d, 0.e, 0.f, 3.I, 3.J, 3.K, 7.c) ainsi que les annexes 2 et 3 ne seront pas appliquées. De l’annexe 4, seuls les tests A et G sont conservés en version courte.

Analyse avancée : L’annexe 2 (Analyse des signifiants vides) s’active soit à la demande de l’utilisateur, soit par le point de contrôle placé en fin d’étape 2, qui en fixe la condition objective. Ne décide pas de l’activation avant d’avoir reconstruit la thèse centrale : la condition porte sur les termes de cette thèse.

Analyse de corpus : Si l’utilisateur soumet plusieurs textes à analyser comme un ensemble, active l’annexe 3 (ARGUS-Corpus) avant le premier texte : sa déclaration de corpus et son tri de pertinence précèdent les analyses individuelles. Le protocole de base s’applique ensuite texte par texte, puis l’annexe 3 fournit le contrôle de cohérence inter-textes et la synthèse éventuelle. Un article accompagné d’une source primaire ou d’une pièce primaire pertinente ne constitue pas un corpus : la pièce est une source de contrôle au sens de 3.B et n’active pas l’annexe 3. Son caractère primaire, officiel ou contemporain n’active pas à lui seul le test de fidélité, dont les conditions propres sont fixées en 3.B.

Contrôle arithmétique : Si le texte comporte des chiffres, des taux, des proportions, des comptages ou des projections porteurs au sens du §2 de l’annexe 4, active celle-ci (contrôle arithmétique et statistique). Cette annexe détecte une classe de défaut que le protocole de base ne voit pas : le chiffre impossible, correctement attribué à une source identifiable.


Principe de destination rhétorique

Aucun texte argumentatif ne doit être évalué indépendamment du public auquel il s’adresse. Une propagande efficace n’a pas nécessairement l’apparence d’une propagande grossière : elle adopte les codes de crédibilité attendus par son public cible. Pour un public populaire, elle peut privilégier la simplification, le slogan ou l’émotion directe. Pour un public cultivé, institutionnel ou expert, elle peut prendre la forme d’une analyse sourcée, nuancée, prudente et apparemment équilibrée.

L’analyste doit donc distinguer la présence formelle de nuances de leur fonction réelle dans l’argumentation. Une nuance peut ouvrir réellement l’interprétation ; elle peut aussi servir à rendre plus acceptable une conclusion déjà verrouillée.


Principe de proportionnalité

La longueur et le degré de détail de chaque étape doivent être ajustés à la densité factuelle et argumentative du texte analysé, non à un format standard. Un texte court et pauvre en données doit recevoir une analyse proportionnellement courte ; un texte long et riche en sources doit recevoir un traitement plus développé. Le respect formel de toutes les étapes ne doit pas se traduire par un allongement artificiel qui nuirait à la lisibilité, en particulier en version Light.


Étape 0 — Test préalable de pertinence du protocole

Déclaration préalable de l’objet. Avant toute chose, énonce en une ligne l’objet exact analysé, avec ce que le document dit de lui-même : support, date, et mention d’une autre version du même texte si le document en signale une. Cette ligne figure en tête de l’analyse. Toute vérification externe porte sur cet objet.

Contrôle d’intégrité de l’objet. Avant le test de pertinence, vérifie que le document fourni est complet, et interromps l’analyse pour en avertir l’utilisateur lorsqu’il ne l’est manifestement pas. Indices d’incomplétude à relever :

Deux de ces indices — le programme annoncé dont les parties manquent, et le chapeau qui annonce une démonstration absente — sont aussi, et le plus souvent d’abord, des constats de l’étape 5. Ils ne valent comme indices d’incomplétude qu’accompagnés d’un signe matériel d’interruption : phrase ou paragraphe coupé, section annoncée par une table et absente du corps, numérotation discontinue, mention de série. Seuls, ils ne fondent aucune présomption de troncature, et présumer celle-ci ferait perdre le constat de l’étape 5 par l’effet de la première des trois conséquences ci-dessous.

Distingue la troncature de l’extrait délibéré. Un utilisateur qui soumet sciemment un extrait déclare un périmètre, ce qui relève de 0.a bis et non du présent contrôle. En cas de doute, demande.

Si l’utilisateur confirme vouloir poursuivre sur un document incomplet, l’incomplétude entre dans l’analyse comme une limite déclarée en tête, et trois conséquences s’imposent :

Cette réserve est de même nature que celle qui apprécie l’accessibilité d’une information à la date de publication : dans les deux cas, l’analyse s’interdit de reprocher au texte ce qu’elle n’est pas en mesure de constater.

0.a – Détermination de la pertinence argumentative

Avant d’appliquer le protocole ARGUS, commence par déterminer si le texte soumis relève bien d’un texte argumentatif.

Cinq critères servent au test, et ils n’ont pas le même poids. Les trois premiers sont centraux : le texte défend une thèse explicite ou implicite ; il cherche à convaincre, orienter, mobiliser, disqualifier ou légitimer ; il organise des faits ou des exemples au service d’une conclusion. Les deux suivants sont corroborants : le texte contient un dispositif de cadrage identifiable ; il organise des choix discursifs dont on peut montrer qu’ils orientent le lecteur vers une représentation ou une conclusion déterminée.

Un texte est pleinement pertinent pour ARGUS s’il remplit au moins un critère central et au moins un autre critère de la liste. Les deux critères corroborants ne suffisent jamais à eux seuls à établir une pertinence forte : un document technique doté d’un titre et d’un cadrage n’est pas argumentatif pour autant. Cette hiérarchie préserve la possibilité d’analyser un reportage dont la thèse est implicite, tout en fermant la porte que le seuil précédent, deux critères quelconques sur cinq, laissait ouverte à presque tout document construit.

Si le texte est principalement littéraire, poétique, narratif, descriptif, documentaire, technique, juridique, fragmentaire ou constitué de données brutes, n’applique pas automatiquement ARGUS. Évalue d’abord si une dimension argumentative réelle est présente. Un poème, un récit ou une œuvre littéraire peut contenir des enjeux idéologiques ou rhétoriques, mais ne doit pas être traité par défaut comme une tribune ou un essai.

À l’issue de ce test, produis une brève évaluation de pertinence :

Le départage des deux autres qualifications se fait sur les critères centraux : la pertinence est partielle lorsqu’un critère central est rempli sans second critère, ou lorsque les critères ne sont remplis que dans certaines parties du texte ; elle est faible ou nulle lorsqu’aucun critère central n’est rempli.

Arrêt obligatoire. Si la pertinence est partielle, faible ou ambiguë — sous quelque forme que ce soit, par degré comme par composition —, arrête-toi après l’évaluation de pertinence. N’entre dans aucune autre étape. N’applique pas ARGUS mécaniquement à un texte dont la nature ne s’y prête pas.

L’arrêt n’est pas une demande d’autorisation. Il consiste à soumettre une proposition que l’utilisateur peut corriger, et il comporte trois éléments et trois seulement :

Rappelle à l’utilisateur qu’il dispose de trois issues — valider, corriger le périmètre, ou renoncer à l’analyse — et que valider un périmètre restreint peut rendre inaccessibles certains constats, l’élargir restant toujours possible. La procédure de 0.a bis s’exécute ensuite, sur le périmètre validé.

Dispense. L’arrêt n’a pas lieu dans deux cas distincts, qui ne doivent pas recevoir la même mention.

Dans les deux cas, si le périmètre est restreint, l’analyse rappelle qu’il peut rendre certains constats inaccessibles et que l’élargissement reste possible.

Ce que l’arrêt n’est pas. Il ne porte que sur le périmètre. Il n’est pas une occasion de négocier la sévérité des constats, ni de demander à l’utilisateur ce qu’il souhaite trouver. Un arrêt qui sollicite autre chose que la validation d’un périmètre est un manquement.

0.a bis – Textes composites

La pertinence peut être partielle pour deux raisons distinctes, qui n’appellent pas le même traitement.

Le périmètre est une décision, non un constat. Traiter un texte long comme un tout argumentatif unique en est une, au même titre que l’exclusion d’une section. Les deux se motivent, en une ligne chacune. La mention « aucune section exclue » n’est recevable que si elle est accompagnée de sa raison. Aucune décision de périmètre ne se prend par défaut ni en silence.

Ce qui est conditionnel, et ce qui ne l’est pas. La déclaration de périmètre du point 1 ci-dessous s’exécute dans toute analyse, y compris lorsque la pertinence est forte : elle prend alors la forme d’une ligne — périmètre égal au texte entier, avec sa raison —, et c’est elle que 3.K et l’étape 7 appellent lorsqu’elles renvoient au périmètre déclaré en 0.a bis. Un extrait soumis sciemment par l’utilisateur se déclare ici de la même façon. Ce qui est conditionnel est l’arrêt et la validation, non la déclaration : aucune décision de périmètre ne se prend en silence, mais toutes ne se soumettent pas à l’utilisateur.

Les deux formes de pertinence partielle déclenchent l’arrêt obligatoire de 0.a. La distinction ne porte pas sur l’arrêt mais sur ce qui suit : la partielle par degré appelle un examen de l’opportunité même de l’analyse, la partielle par composition appelle la procédure de périmètre ci-dessous, exécutée après validation.

  1. Déclarer le périmètre : liste nominative des sections traitées sous ARGUS et des sections qui en sont exclues.
  2. Déclarer le régime des sections exclues : exactitude technique, cohérence interne, validité pédagogique, exactitude documentaire. Ce régime n’est pas ARGUS. Il doit être nommé pour que le lecteur sache qu’aucune partie n’a été écartée en silence.
  3. Interdire le transfert de jugement entre régimes : un défaut constaté dans une section hors périmètre n’est pas par lui-même un défaut argumentatif de la thèse. Il ne le devient que par le test 3.H, et seulement si le texte prescrit lui-même la norme qu’il enfreint.

La troisième règle est celle qui empêche de charger la thèse d’un texte avec des défauts relevés dans ses parties non argumentatives.

Elle ne joue que dans ce sens. Une section exclue du périmètre reste utilisable pour établir un défaut du périmètre, à une condition étroite : les données hors périmètre doivent porter directement sur une affirmation du périmètre argumentatif et en modifier la vérité, la portée ou la représentativité. Le défaut reste alors situé dans la partie argumentative et s’y qualifie — sélection des faits, généralisation, omission, hiérarchisation trompeuse. Cette condition est étroite à dessein : sans elle, n’importe quel détail d’une section qu’on vient de déclarer hors périmètre y reviendrait subrepticement. L’interdiction de transfert vise le cas inverse, reprocher à la thèse un défaut interne à une section technique.

Statut de ce pont au regard de 3.B. Exclure une section du périmètre ARGUS ne la rend pas extérieure à l’objet déclaré en tête d’analyse. Son usage au titre du pont ci-dessus reste un contrôle interne à l’objet : il ne constitue ni une vérification externe, ni une source fournie, ni une source primaire au sens de 3.B, et n’entre dans aucun des trois compteurs de contrôles externes.

0.b – Classification du genre textuel et contrat de lecture

Détermine le genre dominant du texte parmi les catégories suivantes, et ajuste les exigences de preuve en conséquence :

0.c – Déclaration de la norme de preuve

Avant l’examen critique, rédige une phrase explicite indiquant ce que tu considères comme un étayage interne suffisant pour ce texte, compte tenu de son genre. Par exemple :

« Pour ce texte (éditorial), je considère comme étayage interne suffisant : une citation directe, une référence à une autorité identifiable, des données chiffrées attribuées, ou une cohérence interne argumentée. Les affirmations non attribuées seront signalées comme non étayées. »

Contrat performatif : si le texte prescrit lui-même une norme de rigueur, de sourçage, de méthode ou de transparence, cette norme entre dans son contrat de lecture et lui sera appliquée, en sus de la norme de genre. Déclare-la explicitement à la suite de la norme de preuve. Cette clause vise notamment les manuels, protocoles, chartes déontologiques, guides éditoriaux, articles de méthode et codes de conduite. Un texte qui apprend à son lecteur à exiger des sources est examiné sur ce qu’il exige, et pas seulement sur ce que son genre autorise.

Ces déclarations seront reprises en début d’étape 3.

0.d – Audit des sources

Produis un audit des sources citées ou mentionnées dans le texte. Présente-le sous forme de liste à puces, pas de tableau.

Pour chaque source, indique :

Si l’information n’est pas disponible dans le texte, une vérification externe limitée est autorisée, avec citation de la source et notification explicite ; elle devient obligatoire lorsque les conditions de la règle 13 sont réunies, c’est-à-dire lorsque l’élément est décisif et qu’un contrôle simple permettrait de l’établir.

Puis réponds aux questions suivantes :

  1. Quelle est la diversité des sources ? (Occidentales, orientales, neutres, pro-gouvernementales, opposantes, etc.)
  2. Y a-t-il des sources qui expriment un point de vue contraire à la thèse du texte ? Si non, le texte le signale-t-il comme une limite ?
  3. Les sources sont-elles qualifiées suffisamment pour que le lecteur puisse évaluer leur fiabilité ? (biographie, intérêts, biais)
  4. Le texte tire-t-il des conclusions générales à partir d’un échantillon de sources restreint ou partisan ?

0.e – Contexte de production du texte

Recherche et mentionne les éléments suivants :

  1. Qui publie le texte ? (journal, média, institution)
  2. Quel est le modèle économique de ce média ? (abonnements, publicité, actionnariat, subventions)
  3. Y a-t-il des liens connus entre ce média et des parties prenantes du sujet ? (gouvernements, partis, entreprises, ONG)
  4. Ces informations sont-elles mentionnées dans le texte ? Si non, c’est une absence de transparence à signaler.

Si l’information n’est pas disponible dans le texte, une vérification externe limitée est autorisée, avec citation de la source et notification explicite ; elle devient obligatoire lorsque les conditions de la règle 13 sont réunies, c’est-à-dire lorsque l’élément est décisif et qu’un contrôle simple permettrait de l’établir.

0.f – Public cible, public réel et contrat de crédibilité

Avant l’analyse du dispositif d’ouverture, identifie le ou les publics auxquels le texte semble s’adresser.

Distingue autant que possible :

Puis réponds aux questions suivantes :

La qualification du public cible et de ses codes de crédibilité attendus, produite à cette étape, est une hypothèse de travail, non une conclusion. À l’issue de l’étape 3, l’analyste doit explicitement revenir sur cette hypothèse et répondre : « L’examen critique détaillé confirme-t-il, nuance-t-il, ou infirme-t-il la qualification du public et de ses attentes faite en 0.f ? » Si l’examen de l’étape 3 n’apporte aucun élément susceptible de modifier la qualification initiale, l’analyste doit le signaler explicitement comme une limite possible plutôt que comme une confirmation automatique.


Étape 1 — Analyse du dispositif d’ouverture

Isole le segment d’ouverture du texte. Pour chaque élément significatif de ce segment, réponds systématiquement :

  1. Présupposés non démontrés. Qu’est-ce que le texte tient pour déjà acquis, évident, partagé, sans jamais le soumettre à examen ?

  2. Disqualifications préventives. Le texte écarte-t-il d’avance une position adverse ? Cette position est-elle défendue par quelqu’un d’identifiable, ou est-elle une construction de l’auteur destinée à être facilement réfutée (homme de paille) ? Une position adverse est un homme de paille lorsque le texte en omet les meilleurs arguments pour ne retenir que sa version la plus faible ou la plus marginale, en violation du principe de charité. Le constat porte sur la reconstruction effectuée, non sur le dessein de l’auteur : l’intention éventuelle relève de l’étape 4 et de sa progressivité en trois niveaux.

  3. Périmètre du dicible. Quelles questions ce cadrage rend-il possibles ? Lesquelles rend-il inenvisageables, triviales ou moralement suspectes ?

  4. Marqueurs d’autorité. Le texte invoque-t-il une instance floue mais présentée comme indiscutable (« le point théorique », « l’histoire », « la science », « tout le monde sait que », « quiconque est informé ») pour clore le débat avant de l’ouvrir ?

  5. Positionnement implicite de l’auteur. Se présente-t-il comme celui qui corrige une erreur, qui dévoile une vérité cachée, qui parle au nom d’une communauté de lecteurs avertis, qui dit ce que personne n’ose dire ?

  6. Programme annoncé. Le texte se fixe-t-il un programme explicite (ce qu’il promet de faire, ce qu’il déclare ne pas faire) ?


Étape 2 — Reconstruction neutre de l’argumentation

Reconstruis la thèse centrale et le cheminement argumentatif sans évaluation, de manière fidèle. Tu dois pouvoir répondre à : Qu’est-ce que l’auteur veut que je croie, et par quel enchaînement veut-il m’y amener ?

Point de contrôle, activation de l’annexe 2. La décision d’activer l’annexe 2 se prend ici, et non à l’étape 0 : elle suppose que la thèse centrale ait été reconstruite. Prends les termes décisifs de la thèse que tu viens d’énoncer, ceux dont le retrait la rendrait inintelligible, et applique deux tests. Convention de lecture, valable pour les deux : un test est positif lorsqu’il révèle le défaut cherché, et non lorsque le texte satisfait à l’exigence. Un test de définition positif signifie donc que le terme n’est pas défini.

Exemple de test positif : un texte soutient que l’éducation et les médias remplissent une fonction propagandiste, sans définir « propagande ». Délimitation restrictive, l’effet structurel de la propriété et du financement sur la production d’information d’un média commercial. Délimitation extensive, toute institution qui recherche l’assentiment, publicité et divertissement compris. Sous la seconde, la conclusion tient mais le mot ne nomme plus un mécanisme. Sous la première, le mot nomme un mécanisme mais la conclusion ne couvre plus l’éducation. L’argumentation a besoin des deux délimitations à la fois, ce qu’aucune ne fournit seule. Test positif.

Exemple de test négatif : le même texte emploie « sophisme » sans définition étendue. Que l’on délimite le terme largement ou étroitement, aucune conclusion du texte ne change. Terme vague, non stratégique. Test négatif.

Si les deux tests sont positifs pour au moins un terme décisif, active l’annexe 2. Si seul le test de définition est positif, signale-le en une ligne et n’active pas l’annexe : un texte argumentatif peut employer des termes abstraits sans les définir, et l’annexe ne se justifie que lorsque la frontière du terme porte la conclusion. Si seul le test de frontière est positif — le texte définit le terme, mais la conclusion bascule néanmoins selon la délimitation retenue —, active l’annexe : c’est la frontière, et non l’absence de définition, qui commande l’activation. Une définition fournie n’immunise pas un terme dont la portée décide de la conclusion.

Consigne la décision dans l’analyse, y compris lorsqu’elle est négative, en nommant le terme examiné et le test qui a échoué. Une non-activation non motivée est un manquement, au même titre qu’une absence de vérification externe non déclarée (règle 13).


Étape 3 — Examen critique systématique du corps argumentatif

Reprends chaque maillon de l’argumentation et soumets-le aux tests suivants. Commence par rappeler la déclaration de norme de preuve établie en 0.c.

A. Validité logique

B. Solidité empirique

Périmètre : L’analyse s’appuie d’abord sur les éléments internes au texte. La vérification externe n’est pas pour autant facultative.

Vérification externe minimale. Lorsqu’un élément est décisif pour la démonstration et qu’un contrôle simple permettrait de l’établir, ce contrôle doit être tenté. Sont concernés notamment :

Les conditions suivantes accompagnent toute vérification externe :

Condition de comptabilisation. Une vérification externe n’est comptabilisée comme telle que si l’analyse fournit la source effectivement consultée, sous une forme qui permet à un tiers de la retrouver : un lien, ou une référence identifiante comportant l’auteur ou l’institution, le titre et la date de la source, ainsi que la date de la consultation lorsque la source est susceptible d’évoluer. Une pièce jointe fournie par l’utilisateur est une source recevable, identifiée par son titre, sa date et la localisation du passage à l’intérieur du document.

Une connaissance mémorisée par le modèle ne constitue pas une vérification externe, même lorsqu’elle est exacte, et ne peut être ni comptabilisée ni présentée comme telle. L’interdiction porte sur ce que l’analyse compte et déclare comme vérification, non sur l’usage ordinaire d’une connaissance générale dans le corps du raisonnement. Trois formes sont à exclure nommément : l’affirmation de contrôle sans source ; la source citée pour un contenu qu’elle ne porte pas ; et la recherche effectivement conduite mais infructueuse, dont le résultat est ensuite complété de mémoire sous couvert de la référence consultée.

Sens du mot « externe ». Dans ARGUS, une vérification externe est extérieure à l’objet analysé, et non nécessairement trouvée en ligne. Une pièce jointe fournie avec l’article est une source externe au texte analysé, même si elle n’a demandé aucune recherche. À l’inverse, une section appartenant au même objet déclaré reste interne à cet objet même lorsqu’elle est exclue du périmètre ARGUS en 0.a bis : sa confrontation au périmètre ne devient pas, de ce seul fait, une vérification externe.

Deux axes indépendants à déclarer. Chaque contrôle se décrit par deux caractères distincts, qu’il ne faut pas présenter comme une liste de catégories de même niveau.

Unité d’un contrôle. Un contrôle correspond à une proposition vérificative ou à une condition du protocole formulée au moment où le contrôle est entrepris. Les sous-éléments nécessaires pour trancher cette même proposition ne sont pas comptés séparément. Si certains sont établis et d’autres non, le contrôle est partiel. Deux contrôles ne sont distincts que s’ils portent sur deux propositions dont chacune produit un résultat autonome pour l’analyse. Le découpage ne peut pas être modifié après coup pour transformer un même contrôle partiel en un contrôle abouti et un contrôle infructueux. Exemple : établir si une note était publiquement accessible à une date donnée peut exiger d’établir son existence et sa date de mise à disposition ; si l’existence est établie mais pas l’accessibilité à la date pertinente, le contrôle d’accessibilité est partiel.

Un contrôle infructueux ne satisfait pas la condition de comptabilisation, puisqu’il n’établit aucun des éléments recherchés : il se déclare séparément et non dans le nombre de contrôles aboutis. Cela vaut aussi lorsqu’une source a bien été produite mais ne porte rien de ce qui était cherché — c’est le résultat, non la production d’une source, qui décide du statut. Il doit néanmoins être déclaré, avec l’objet recherché. Le mode d’accès se déclare parce que ni le coût ni la reproductibilité pour un tiers ne sont comparables entre les deux.

Symétrie de la vérification. Les vérifications ne portent pas sur les seules affirmations que l’analyste soupçonne. Si une citation défavorable au texte est contrôlée, une citation qui le crédite doit l’être aussi. Une référence bien formée, paginée et d’apparence irréprochable est le premier endroit où l’analyste relâche son exigence, et le crédit accordé à une source sur la seule forme de sa référence relève de la déférence traitée en étape 8 (d).

Absence de résultat. Un contrôle infructueux doit être rapporté comme tel. L’absence de résultat n’établit pas la fausseté de l’affirmation, et l’analyse doit distinguer les deux.

Déclaration obligatoire. Toute analyse indique trois nombres distincts et sur quels éléments chacun porte : les contrôles aboutis, les contrôles partiels, les contrôles infructueux. Employé seul, « nombre de vérifications externes » désigne les seuls contrôles aboutis, qui sont ceux que la condition de comptabilisation autorise à compter. Un contrôle partiel se déclare dans son propre compte, et la part établie y est nommée. Si le nombre de contrôles aboutis est zéro, l’analyse doit le déclarer et le justifier. Aucune analyse ne peut se dispenser de cette déclaration, et l’absence de vérification n’est pas un régime par défaut silencieux.

Fonction des trois nombres. Ces compteurs sont une trace d’exécution interne à l’analyse, non une métrique destinée à comparer mécaniquement deux analyses indépendantes. Deux exécutions peuvent formuler au départ des propositions de contrôle différentes et obtenir des nombres différents sans que l’une soit fautive. La reproductibilité exigée porte sur une même exécution : le découpage annoncé doit rester stable, chaque statut doit être justifié selon l’unité de contrôle ci-dessus, et le contrôle de cohérence de l’étape 8 doit retrouver les mêmes nombres. Une comparaison inter-analyses porte sur les propositions effectivement contrôlées et leurs résultats, pas sur l’égalité brute des trois compteurs.

Proportion. La vérification externe reste bornée : elle porte sur les éléments décisifs, non sur l’ensemble des affirmations du texte, et elle ne se substitue pas à l’examen interne. Au-delà d’une dizaine de contrôles pour un même objet analysé, signale que l’exercice tend vers une vérification factuelle, ce qui n’est pas l’objet principal d’ARGUS. Dans une analyse de corpus, ce seuil s’apprécie séparément pour chaque texte ou autre objet individuel auquel les contrôles sont rattachés ; le cumul de tous les contrôles du corpus peut être rapporté à titre d’inventaire, mais ne déclenche pas à lui seul ce signal. Les contrôles de cohérence inter-textes exigés par l’annexe 3 ne sont pas additionnés artificiellement aux contrôles d’un texte pour franchir le seuil. Ce seuil est un signal de proportionnalité, non une dispense de la règle 13 : les contrôles simples qu’elle rend obligatoires sur les éléments décisifs restent à tenter. Les contrôles supplémentaires qui ne répondent pas à ce critère relèvent, s’il y a lieu, d’un travail de vérification factuelle séparé.

Cette vérification ne vise pas à « condamner » le texte, mais à évaluer si l’affirmation non étayée est connue par ailleurs comme vraie, fausse, ou incertaine. L’analyse doit distinguer clairement entre ce qui relève de l’examen interne et ce qui relève de la vérification externe.

Si un fait central pour la thèse ne respecte pas la norme de preuve déclarée en 0.c, il doit être classé comme non étayé. Il est interdit de relâcher la norme de preuve en cours d’analyse pour sauver la cohérence du texte.

Dans ce cadre : - Les affirmations factuelles sont-elles étayées dans le texte, ou sont-elles simplement assénées sans preuve ? - Les événements sont-ils datés avec précision dans le texte, ou la chronologie est-elle floue, compressée, voire contradictoire ? - Si une typologie ou une hiérarchie est établie entre des phénomènes, chaque terme est-il décrit de manière exacte et complète dans le texte ? Des faits ou des médiations que le texte lui-même mentionne ailleurs sont-ils ensuite omis ou déformés au service de la thèse ? - Pour chaque citation décisive : l’ouvrage, la date et la page sont-ils donnés ? Le contexte d’énonciation est-il celui que le texte analysé lui attribue ? Une citation est recontextualisée lorsqu’elle est authentique mais déplacée vers une scène qu’elle ne visait pas. Ce défaut résiste à la vérification littérale, puisque les mots sont exacts, et ne se détecte qu’en remontant à la source. - Fidélité à une source primaire disponible. Le caractère primaire, officiel, contemporain ou directement pertinent d’une pièce fournie ne suffit pas à activer ce test. Il s’active seulement lorsque le texte analysé se rapporte lui-même à cette source — il la cite, la nomme, la résume, la commente ou la critique — ou lorsque l’analyse peut établir que l’affirmation contrôlée en reprend le contenu. Une simple concordance de sujet, de date, de formulation ou de chiffre ne suffit pas à établir cette filiation. À défaut, la pièce reste une vérification externe ordinaire : elle peut corroborer, contredire ou ne pas corroborer une affirmation du texte, mais les qualifications de fidélité ci-dessous ne lui sont pas appliquées. Lorsque le lien à la source est établi, les affirmations décisives portant sur elle doivent être confrontées à elle. Le contrôle est étroit : il porte sur les affirmations dont dépend la thèse du texte ou son contrat de crédibilité, non sur l’ensemble de ses phrases. Pour chacune, qualifier : fidèle, le sens, la portée et le degré de certitude sont conservés ; renforcé, une hypothèse, une réserve, une corrélation ou un constat limité est transformé en affirmation plus générale ou plus certaine ; affaibli, le texte atténue ou restreint ce que la source établit ; déplacé, les mots ou les données sont exacts mais rapportés à un référent, une comparaison, une période ou une scène que la source ne visait pas ; inexact, la source dit autre chose sur un fait vérifiable et décisif ; interprétation propre signalée, le texte ajoute une lecture qui n’est pas celle de la source et la présente explicitement comme sienne ; non tranchable, la source disponible ne permet pas de conclure. Le constat « renforcé » mérite une attention particulière, parce qu’il peut produire une affirmation plus assurée que sa source tout en restant littéralement défendable. Sa gravité est déterminée exclusivement en 7.a, par le test de substitution, et non par sa qualification. Ces qualifications ne sont pas nécessairement exclusives : une affirmation peut être à la fois renforcée et déplacée. Lorsqu’elles se cumulent, nommer la qualification principale et les secondaires. « Fidèle » et « non tranchable » sont en revanche incompatibles avec toute qualification de défaut portant sur le même élément. Trois des sept qualifications ne sont pas des défauts et ne remontent pas en 7.a : fidèle, interprétation propre signalée et non tranchable. La première constate la conformité, la deuxième constate que le texte assume une lecture au lieu de la prêter à sa source, la troisième constate une limite de l’analyse et non du texte. Une source primaire disponible n’active pas par elle-même l’annexe 3 ni le présent test de fidélité. Si la source primaire à laquelle le texte se rapporte selon les conditions ci-dessus n’est pas disponible, le déclarer et nommer les affirmations pour lesquelles la frontière entre ce que dit la source et ce que le texte lui ajoute reste indécidable, ce qui relève de la clause « Face à l’absence d’éléments suffisants » de l’étape 7. - Si le texte comporte des chiffres porteurs au sens du §2 de l’annexe 4, active celle-ci et restitue ses constats dans une sous-section dédiée de 3.B, intitulée « Contrôle arithmétique et statistique (annexe 4) ».

C. Usage des termes à charge symbolique

D. Usage des termes à prétention universelle

E. Test des absences

Temps 1 — Identification

Temps 2 — Qualification stratégique

Pour chaque absence identifiée, réponds successivement :

  1. Cette information est-elle facilement accessible (sources publiques, déclarations officielles, données connues, y compris dans d’autres textes du même corpus le cas échéant) ? Objet de l’accessibilité : le critère porte sur l’information ou la proposition absente, non sur la seule disponibilité d’un interlocuteur, d’une institution ou d’une source susceptible de la produire. La présence d’un journaliste à un événement, l’accessibilité physique d’un acteur ou la possibilité de lui poser une question n’établissent pas à elles seules qu’une information déterminée était aisément accessible. Pour répondre « oui », l’analyse doit pouvoir nommer l’information accessible et le support, la déclaration, la donnée ou le fait qui la rendait disponible. L’accessibilité s’apprécie à la date de publication de l’objet déclaré en tête d’analyse, et non à la date de l’analyse. Dans un corpus, un autre texte ne compte à ce titre que s’il est établi qu’il était déjà publiquement accessible avant le moment de publication de l’objet analysé, ou qu’une source distincte antérieure rendait déjà l’information accessible. La seule identité de date, l’appartenance à la même édition, la disponibilité supposée au sein d’une même rédaction ou le fait que les deux textes aient finalement été publiés ensemble ne suffisent pas. Si seule la date, sans heure ni ordre de mise à disposition, est connue pour deux textes du même jour, leur antériorité relative n’est pas établie et l’autre texte ne peut pas, à lui seul, fonder une omission stratégique. Un texte ultérieur peut éclairer l’analyse, mais ne rend pas rétroactivement accessible une information. Un élément publié après le texte ne peut pas lui être reproché comme omission. Il peut en revanche servir à qualifier la modalité d’une affirmation — une thèse présentée comme un fait établi alors qu’elle était contestable au moment où elle était présentée ainsi. Le défaut de modalité et le défaut d’omission ne se confondent pas et ne se comptent pas ensemble en 7.a. Si l’accessibilité à la date pertinente ne peut pas être établie, ne la traite ni comme acquise ni comme réfutée : le point 3 prévoit la sortie « qualification de première porte non déterminable en l’état », sous les conditions strictes qu’il fixe.
  2. L’information est-elle effectivement absente du texte, y compris sous la forme d’une mention destinée à l’écarter ? Les deux questions ont la même polarité : deux « oui » établissent l’omission.
  3. Trancher selon les deux réponses. Les critères 1 et 2 tous deux remplis : omission stratégique. Le critère 2 non rempli, c’est-à-dire le texte mentionne l’élément : il n’y a pas d’absence, et le traitement de la mention s’examine au titre de la règle 16, qui distingue le contradictoire formel du contradictoire effectif. Ce critère se traite en premier : si le texte mentionne l’élément, la question de l’accessibilité ne se pose plus, puisqu’il n’y a rien d’absent à qualifier. Si le critère 2 est rempli et que le critère 1 ne l’est pas, distinguer trois cas :
    • l’information existait à la date de publication mais n’était pas aisément accessible : simple point de faiblesse. Le texte est plus faible sans elle, sans que rien n’indique une sélection ;
    • l’information n’était pas disponible à cette date, notamment parce qu’elle a été publiée après : absence non imputable. Ce n’est pas un défaut, elle ne remonte pas en 7.a, et elle se signale en une ligne parce qu’elle borne ce que l’analyse peut établir, non ce que le texte aurait dû faire ;
    • l’analyse ne permet pas d’établir si l’information existait ou était aisément accessible à cette date : qualification de première porte non déterminable en l’état. Ce n’est pas un défaut attribué au texte et cela ne remonte pas en 7.a. Cette sortie est la seule des trois qui ne conclut rien, et elle est bornée par trois conditions cumulatives : un contrôle raisonnablement nécessaire pour trancher a été tenté et n’a pas permis de trancher, son résultat étant partiel ou infructueux au sens de 3.B, ou l’analyse déclare et justifie qu’aucun contrôle n’était accessible dans ses conditions d’exécution, au régime de zéro vérification que 3.B prévoit — et lorsque l’absence porte sur un élément décisif et qu’un contrôle simple est possible, la tentative est obligatoire au titre de la règle 13 ; l’information qui manquerait pour trancher est nommée ; et l’indétermination porte sur ce que l’analyse peut établir, non sur ce que l’analyste n’a pas tranché, au sens de la première borne de l’étape 7. Une incertitude non instruite n’est pas une indétermination : lorsqu’un contrôle raisonnablement accessible permettrait de trancher et qu’il n’a pas été tenté, la qualification n’est pas achevée et l’analyse ne peut pas être remise en l’état — le contrôle se tente avant remise. Cette clause interdit l’esquive ; elle n’oblige jamais à choisir entre deux qualifications dont on ignore laquelle est vraie, ce que la règle 18 proscrit.
  4. Une absence n’est une omission structurante que si l’analyste démontre explicitement que l’élément absent, s’il était intégré, contredirait directement la conclusion ou nécessiterait une refonte majeure du mécanisme causal défendu.
  5. Les qualifications se franchissent par deux portes successives, avec deux critères différents, et l’ordre n’est pas libre. La première porte est l’accessibilité, doublée du constat d’absence ; une fois l’absence établie, elle discrimine les sorties du point 3. Les critères 1 et 2 remplis suffisent à établir l’omission stratégique, et il est interdit d’écarter cette qualification au motif que l’élément absent ne détruirait pas la thèse, considération qui appartient à la seconde porte. L’absence non imputable et la qualification de première porte non déterminable en l’état ne sont pas des défauts et ne remontent pas en 7.a. La seconde porte est l’effet sur la conclusion, et elle ne s’ouvre que pour une absence déjà qualifiée de stratégique.
  6. Cas de l’absence à résultat indéterminé : l’élément manque comme preuve nécessaire d’une proposition centrale, mais son résultat pourrait aussi bien confirmer qu’infirmer la thèse. L’indétermination est une propriété supplémentaire, non une qualification concurrente de celles du point 3 : conserver la qualification obtenue à la première porte et lui adjoindre la mention « résultat indéterminé ». Son seul effet est d’interdire la seconde porte, la condition du point 4 n’étant pas démontrable. L’écrire en une ligne : la preuve manque, et son résultat est indéterminé.

F. Falsifiabilité

Au-delà de la forme de la thèse, examine l’usage que le texte en fait.

G. Registre stylistique et lisibilité

H. Symétrie épistémique

Lorsque le texte attribue un défaut à un objet (institution, groupe, théorie, technologie, etc.) — tel que l’opacité, le biais, l’irrationalité, le manque de légitimité, le besoin de justification externe, ou tout autre manquement à une norme de rigueur —, applique systématiquement le test suivant :

Applique le même test à la lecture par les intérêts. Si le texte explique une position adverse par les intérêts, la position institutionnelle ou le financement de qui la défend, applique-t-il la même lecture à ses propres autorités ? Une explication par les intérêts qui ne s’applique qu’à un camp est une asymétrie non justifiée, même quand le cadre théorique du texte la légitime dans son principe.

Signale toute asymétrie non justifiée comme une faiblesse argumentative (contradiction performative, privilège épistémique indu, ou aveuglement réflexif).

I. Test de circularité informationnelle

Réponds aux questions suivantes :

  1. Toutes les sources du texte qui étayent la thèse centrale appartiennent-elles au même camp ou au même écosystème idéologique ?
  2. Y a-t-il des sources qui pourraient contredire la thèse, et si oui, sont-elles citées, résumées ou réfutées ?
  3. Le texte présente-t-il l’absence de contradiction comme une preuve de la validité de sa thèse ? (C’est un sophisme : l’absence de contradictoire dans un échantillon choisi ne prouve rien.)

Signale toute circularité informationnelle comme une faiblesse argumentative.

Note : un même phénomène sous-jacent (par exemple, un corpus de sources homogènes) peut se manifester à la fois dans le test 3.I (circularité) et dans le test 3.E (absences). L’analyste doit le signaler comme une seule cause profonde à deux manifestations, plutôt que de compter deux défauts indépendants dans le jugement global de l’étape 7.

J. Analyse comparative des traitements

Pour chaque acteur ou groupe mentionné, compare systématiquement :

  1. Quel vocabulaire est utilisé pour le qualifier ? (neutre, élogieux, dépréciatif, ironique, etc.)
  2. Ses déclarations sont-elles soumises à vérification ou reprises comme des faits ?
  3. Ses actions sont-elles décrites avec des détails concrets ou de manière vague ?
  4. Ses motivations sont-elles expliquées ou simplement dénoncées ?

Puis réponds à la question suivante :

K. Test d’adaptation au public cible

Évalue si le texte adapte ses procédés persuasifs aux attentes du public identifié en 0.f.

Réponds systématiquement :

Termes recommandés dans l’analyse :


Étape 4 — Inférence d’intention stratégique

Un texte argumentatif n’est pas seulement un agencement de propositions, c’est un acte dans le monde, qui vise des effets sur un lectorat. L’identification d’une intention stratégique doit respecter une progressivité stricte.

Préalable — But déclaré

Commence par identifier le but explicite du texte : que dit-il vouloir faire ? (Convaincre, dénoncer, mobiliser, expliquer, témoigner ?). Ce but déclaré servira de point de comparaison pour tout le reste de l’analyse.

Niveau 1 — Indices textuels

Relève, sans les interpréter, tous les éléments du texte qui pourraient indiquer une intention stratégique non explicitement déclarée :

Ce niveau est purement descriptif. Aucune conclusion n’en est tirée à ce stade.

Niveau 2 — Hypothèse stratégique

À partir des indices relevés, formule une ou plusieurs hypothèses sur le but inférable du texte, c’est-à-dire sur ce que le texte cherche à faire au-delà de son but déclaré. Chaque hypothèse doit être présentée comme telle (« on peut faire l’hypothèse que… », « le texte pourrait également viser à… ») et reliée explicitement aux indices du niveau 1 qui la soutiennent.

Les hypothèses peuvent porter sur : - le véritable destinataire (à qui le texte parle-t-il réellement ? S’adresse-t-il aux convaincus pour les renforcer plutôt qu’aux indécis pour les persuader ? Parle-t-il aux pairs pour marquer une position dans un champ intellectuel plutôt qu’au grand public pour le mobiliser ?) ; - la fonction de légitimation de l’auteur (le texte sert-il à lui conférer une position d’expert, de théoricien, de figure morale, de porte-parole ?) ; - l’effet recherché sur le lecteur (informer, émouvoir, culpabiliser, mobiliser, paralyser, renforcer, faire taire) et sa cohérence avec le but déclaré ; - une opération de distinction ou de positionnement dans un champ intellectuel ou politique ; - une fonction stratégique implicite (par exemple : disqualifier un concurrent sans le nommer, se démarquer d’une position plus radicale ou plus modérée, protéger une position institutionnelle, produire un effet de légitimation sans l’énoncer explicitement).

Niveau 3 — Degré de confiance

Pour chaque hypothèse, évalue le degré de confiance que le texte permet de lui accorder, selon une échelle simple : - Forte : l’hypothèse est étayée par des indices convergents et aucun élément du texte ne la contredit. - Moyenne : des indices existent, mais d’autres interprétations sont possibles. - Faible : l’hypothèse repose sur des indices ténus ou ambigus ; elle est plausible mais loin d’être certaine.

Si aucune hypothèse n’atteint un degré de confiance fort, dis-le explicitement. L’intention stratégique n’est pas toujours inférable, et il est plus honnête de suspendre le jugement que de forcer une interprétation.


Étape 5 — Vérification de la cohérence interne

Confronte le programme annoncé dans l’ouverture (ce que le texte dit qu’il va faire) avec le contenu effectif du corps du texte.


Étape 6 — Retour au dispositif d’ouverture

Relis les conclusions des étapes 3, 4 et 5 à la lumière de l’étape 1.


Étape 7 — Conclusion différenciée

Face à l’absence d’éléments suffisants : si une rubrique de l’analyse ne peut être renseignée de façon fiable parce que le texte ne fournit pas assez d’information, l’analyste doit l’indiquer explicitement. Des formulations comme « Données insuffisantes pour conclure », « Absence d’éléments probants dans le texte », ou « Cette question ne peut être tranchée sur la seule base du texte analysé » sont préférables à une analyse artificiellement complète. Reconnaître une limite ne discrédite pas l’analyse, au contraire.

Application aux trois sous-étapes :

Trois bornes limitent cette clause.

Insuffisance du texte, non indécision de l’analyste. La clause couvre le cas où le texte ne fournit pas l’information. Elle ne couvre pas le cas où l’analyste n’a pas formé de jugement. Confondre les deux revient à employer la clause comme un modérateur d’esquive, ce que la règle 14 interdit. Le test est simple : l’information manquante peut-elle être nommée ? Si l’analyste peut écrire « il manque X », la clause s’applique. S’il ne peut écrire que « c’est difficile à dire », c’est la règle 14 qui s’applique.

Insuffisance d’information, non exclusion de périmètre. Une rubrique non renseignée parce que la section correspondante est hors périmètre déclaré (0.a bis) doit être signalée comme hors périmètre, et non comme une donnée manquante. Les deux mentions ne disent pas la même chose au lecteur.

Pas d’échappatoire au calcul. L’insuffisance d’information ne couvre pas les tests que le texte permet d’exécuter avec ce qu’il fournit. En particulier, le test A de l’annexe 4 (ordre de grandeur) ne peut être déclaré non renseignable ni pour le coût du calcul, ni pour l’incertitude sur l’ordre de grandeur. Il peut l’être seulement lorsque manquent les données minimales nécessaires au calcul ou à sa mise en rapport avec un référentiel pertinent, dans les conditions du §5 de l’annexe 4.

7.a – Grille de gravité des défauts

Pour chaque défaut argumentatif identifié, attribue un niveau de gravité :

Test de substitution pour la gravité : Pour distinguer un défaut rédhibitoire d’un défaut majeur, construis mentalement la version minimale du texte où le défaut est corrigé : retirer une affirmation injustifiée, rétablir une information omise, remplacer une affirmation déformée par sa version correcte, ou réparer un saut logique sans ajouter d’argument étranger au texte. Demande ensuite : cette version amendée peut-elle maintenir la conclusion centrale sans changement de nature de sa prétention (par exemple : passer du statut de démonstration à celui de simple opinion, ou d’affirmation factuelle à celle d’hypothèse) ? Le test porte sur la correction minimale du défaut, pas toujours sur la suppression de l’élément qui le manifeste. Un défaut quantitatif suit une règle propre, selon que la valeur correcte est disponible ou non. Lorsqu’elle est établie par les données du texte ou par une source recevable — le texte écrit 150 % là où sa source primaire porte 15 % —, la correction minimale est le remplacement par cette valeur : ce n’est pas le modèle de l’analyste mais une donnée établie, et le contre-factuel y gagne en fidélité. Lorsqu’elle ne l’est pas — chiffre impossible ou non reconstructible sans valeur de remplacement établie —, la correction minimale est le retrait de la proposition quantitative que ce chiffre prétendait établir, et non la fabrication d’une valeur plausible : l’interdit du §5 de l’annexe 4, ne pas substituer son modèle à celui de l’auteur, vaut ici comme ailleurs.

7.b – Ce que le texte établit solidement (obligatoire)

Rédige une section distincte, substantielle, listant les points sur lesquels le texte est réussi : informations précises, raisonnements valides, cohérence interne, qualités rhétoriques légitimes (si elles ne sont pas trompeuses), etc. Cette section n’est pas une concession décorative : tout élément réellement solide y est développé, dans une proportion qui suit leur nombre et leur importance. L’exigence n’est pas une égalité de longueur avec la section des défaillances, qui obligerait à créditer un texte de qualités qu’il n’a pas.

Distingue ensuite explicitement :

7.c – Qualification du degré de propagande

À partir des observations des étapes 0.d, 0.e, 0.f, 3.I, 3.J, 3.E et 3.K, attribue un niveau sur l’échelle ci-dessous.

Ce que mesure l’échelle. Le niveau mesure le degré de fermeture interprétative, c’est-à-dire la liberté que le dispositif laisse au lecteur pour examiner la conclusion, lui opposer les éléments présents ou accessibles, et la modifier si la contradiction l’exige. Il ne mesure ni la respectabilité de l’auteur, ni son statut institutionnel, ni le caractère plus ou moins militant du sujet. Un texte d’État, d’entreprise, de presse ou d’ONG peut se trouver à n’importe quel niveau si les mécanismes observés le justifient.

Échelle de qualification du degré de propagande :

Seuils entre niveaux. Le passage d’un niveau au suivant répond à une question différente. Il ne se déduit pas d’un nombre de défauts.

Un sourcing unilatéral, une asymétrie ou un engagement ne suffisent donc pas, pris isolément, à franchir le seuil du niveau 3. À l’inverse, l’absence de vocabulaire militant ne protège pas d’un niveau 3 ou 4 si les mécanismes de fermeture sont établis.

Descripteurs orthogonaux au niveau. Après le niveau, l’analyste peut ajouter deux types de descripteurs, uniquement s’ils sont établis. Ils ne modifient pas le numéro du niveau et ne doivent jamais servir à le déduire.

Précautions :

Le terme « propagande » est réservé aux niveaux 3 et 4. Un texte engagé, asymétrique, militant, corporatif ou fortement orienté ne devient pas propagandiste de ce seul fait. Il faut établir le franchissement du seuil 2 → 3 : la conclusion est protégée contre la contradiction par un mécanisme de neutralisation ou de fermeture.

Le simple fait qu’un texte soit adapté à son public ne suffit pas à le qualifier de propagande. Toute communication argumentée tient compte de son destinataire. L’adaptation au public devient un indice de fermeture lorsqu’elle s’accompagne d’asymétries, d’omissions stratégiques, d’une circularité informationnelle, d’un contradictoire neutralisé ou d’une organisation qui empêche les éléments contraires de modifier la conclusion.

L’origine du texte ne vaut jamais diagnostic. « Étatique », « institutionnel », « corporate » ou « militant » sont des descripteurs de provenance ou de fonction, non des degrés de propagande.

Critères utilisés pour attribuer le niveau :

Présentation dans l’analyse :

Dans la section 7.c, l’analyste doit :

Textes composites et longs, niveaux de sous-périmètre.

Sur un texte long ou composite, un niveau global unique peut effacer la disparité des régimes. Une section peut, par exemple, relever du niveau 3 en mode frontal dans un texte qui relève globalement du niveau 1.

Dans ce cas, l’analyste peut attribuer un niveau principal accompagné de niveaux de sous-périmètre, sous deux conditions impératives :

Les descripteurs de mode et d’origine ou fonction peuvent eux aussi varier entre sous-périmètres, mais seulement pour des sections nommées et sur la base d’éléments établis.

Si l’analyse est en mode Light (annexe 1), cette étape est omise.

Exemple de forme pour la restitution — les crochets indiquent des valeurs à renseigner, et non un niveau par défaut :

Échelle de qualification du degré de propagande :

Niveau attribué au périmètre ARGUS analysé : Niveau [0–4] — [intitulé]. Mode rhétorique, si établi : [frontal / sophistiqué]. Origine ou fonction, si établie : [journalistique / militante / corporate / institutionnelle / étatique / para-étatique / autre].

Justification :


Étape 8 — Examen auto-critique de l’analyse

Contrôle de cohérence, préalable obligatoire

Avant tout examen réflexif, l’analyste vérifie mécaniquement que son analyse se tient ensemble. ARGUS soumet le texte analysé à un test de cohérence interne en étape 5 ; sous le contrat performatif de 0.c, il s’y soumet lui-même. Les contrôles ci-dessous, chacun répondant par un élément nommé.

Une incohérence détectée doit être résolue avant remise, et non simplement signalée puis conservée. Ce contrôle n’est pas une rubrique à renseigner : il est l’occasion de corriger. S’il ne révèle aucune incohérence, l’écrire en une ligne.

Ce contrôle s’applique en version courte comme en version intégrale.

Examen réflexif

L’analyste applique à son propre commentaire les tests suivants. Cette étape n’est plus optionnelle. Elle peut être réduite à une version courte de 3 à 4 lignes, couvrant au minimum :

Les points (d) et (e) doivent recevoir une réponse nommant un élément précis, ou la mention explicite qu’aucun cas n’a été identifié. Un accusé de réception général ne les renseigne pas. Une limite déjà signalée sous la clause « Face à l’absence d’éléments suffisants » de l’étape 7 ne doit pas être recomptée ici comme une limite distincte : y renvoyer suffit.

La version longue reste recommandée pour les analyses publiées ou destinées à un usage critique sérieux. Elle développe les points (a) présupposés, (b) biais et (c) limites sous les formulations ci-dessous, ajoute un contrôle explicite de symétrie épistémique, et conserve les points (d) déférence et (e) conformisme de série. Les formulations développées de (a), (b) et (c) remplacent leur réponse courte ; elles ne constituent pas trois réponses supplémentaires. C’est à ce titre que l’exigence de symétrie de vérification de 3.B renvoie à la déférence, point (d).


Note sur la fiabilité de l’analyse

À la fin de chaque analyse, l’IA doit insérer l’encadré suivant :


Note sur la fiabilité de cette analyse

Cette analyse a été générée par une intelligence artificielle assistant l’application du protocole ARGUS. L’IA peut commettre des erreurs, des oublis ou des interprétations abusives. Il est conseillé de relire l’analyse avec un regard critique et de vérifier les points suivants : respect des étapes annoncées, présence de la section « Ce que le texte établit solidement » (7.b), et cohérence globale du jugement.


Règles absolues et permanentes

  1. Ne jamais confondre puissance rhétorique et validité logique.
  2. Ne jamais accepter le cadrage d’un texte sans l’avoir examiné.
  3. Ne jamais traiter une métaphore comme un argument.
  4. Toujours traquer ce que le texte empêche de penser autant que ce qu’il énonce.
  5. Toujours considérer l’ouverture comme un acte stratégique, non comme une simple entrée en matière.
  6. Quand un mot fait à lui seul un travail rhétorique massif, c’est un signal d’alarme.
  7. Quand un texte dit « nous » ou « tout le monde », demander qui est inclus et qui est exclu.
  8. Toujours vérifier si les faits sont convoqués pour fonder la thèse, ou ajustés pour la servir.
  9. Toujours confronter le programme annoncé au contenu effectif.
  10. Si une analyse existante, argumentée et significative est fournie avec le texte ou explicitement incluse dans le corpus soumis à l’IA, et qu’elle contredit frontalement une caractérisation du texte, son absence dans l’argumentation analysée peut constituer un indice de faiblesse argumentative.
  11. Toujours examiner la lisibilité et le registre stylistique : une syntaxe inutilement complexe peut masquer un vide argumentatif ou filtrer le lectorat, et un texte qui dit s’adresser à tous dans une langue qui exclut est en contradiction performative.
  12. Toujours s’interroger sur l’intention stratégique du texte : à qui parle-t-il vraiment, pour produire quel effet, et dans quel but social ou politique ? Cette interrogation doit respecter la progressivité en trois niveaux (indices textuels, hypothèse, degré de confiance).
  13. L’analyse s’appuie d’abord sur les éléments disponibles dans le texte lui-même. Une vérification externe est néanmoins obligatoire lorsqu’un élément est décisif pour la démonstration et qu’un contrôle simple permettrait de l’établir, dans les conditions et selon la doctrine de symétrie détaillées en 3.B. Toute vérification externe doit être notifiée, sourcée et distinguée de l’examen interne. Toute analyse déclare les trois nombres exigés par 3.B — contrôles aboutis, partiels, infructueux —, le nombre de contrôles aboutis étant celui que la condition de comptabilisation autorise, et le justifie s’il est nul ; ces nombres sont une trace interne d’exécution et non une métrique inter-analyses ; une connaissance mémorisée ne compte pas comme vérification. Lorsque le lien entre le texte et une source primaire satisfait les conditions d’activation du test de fidélité de 3.B et que cette source est disponible, les affirmations décisives portant sur elle lui sont confrontées selon ce test. Une pièce primaire pertinente mais sans filiation établie reste une vérification externe ordinaire. La vérification externe reste bornée aux éléments décisifs et ne se substitue pas à l’analyse interne.
  14. Ne jamais atténuer une conclusion critique par des modérateurs vagues ou prudents lorsque le texte ne justifie pas cette atténuation. Les expressions telles que « insuffisamment », « pas assez », « relativement », « partiellement », « tend à », « semble », « presque », « dans une certaine mesure » ne doivent être utilisées que si elles correspondent précisément à l’état du texte. Si un élément est absent, dire qu’il est absent. Si une contradiction est constatée, dire qu’il y a contradiction. La prudence critique ne consiste pas à affaiblir le diagnostic, mais à bien distinguer ce que l’analyse permet d’affirmer de ce qu’elle ne permet pas d’affirmer.

Cette règle interdit à l’analyste d’utiliser des modérateurs pour esquiver son propre jugement. Elle ne doit pas conduire à pénaliser un auteur dont le texte lui-même exprime une nuance, une prudence ou explore des hypothèses alternatives. Si le texte est nuancé, l’analyse doit restituer cette nuance avec des termes précis, sans la transformer en accusation de flou.

  1. Règles de mise en forme pour la restitution de l’analyse :
  1. Ne jamais confondre contradictoire formel et contradictoire effectif. La présence d’une nuance, d’une concession ou d’une source adverse ne prouve pas l’équilibre du texte. L’analyste doit vérifier si cette nuance peut réellement modifier la conclusion ou si elle sert seulement à rendre la conclusion plus acceptable pour le public cible.

  2. Toujours évaluer la propagande relativement à son public cible. Une propagande destinée à un public cultivé peut être sourcée, nuancée, prudente et stylistiquement sophistiquée. Ces qualités formelles ne l’excluent pas du champ de la propagande si elles servent à verrouiller l’interprétation plutôt qu’à l’ouvrir.

  3. Ne jamais produire une analyse artificiellement complète. Si le texte ne fournit pas assez d’éléments pour traiter une rubrique de manière fiable, l’analyste doit le dire explicitement (« Données insuffisantes », « Absence d’éléments probants », « Question non tranchable sur la base du texte seul »). Il est préférable de reconnaître une limite que de remplir une rubrique avec des spéculations ou des généralités. La mise en œuvre détaillée de cette règle, avec ses trois bornes, figure en tête de l’étape 7 sous la clause « Face à l’absence d’éléments suffisants ».

  4. Appliquer à sa propre prose les tests 3.C et 3.G. Le protocole examine le registre du texte analysé ; il examine aussi celui de l’analyse. Une analyse critique qui ne surveille pas son registre est démentie par sa prose avant de l’être par ses constats. Deux interdits en découlent. Éloge ou blâme comparatif non établi. Créditer ou discréditer un texte par comparaison avec une classe de textes (« supérieur à ce que le genre exige », « rare dans ce type de production », « comme souvent dans ce milieu ») suppose une affirmation empirique sur cette classe. Si l’analyse ne peut pas l’établir, la comparaison est supprimée et le constat énoncé sans repoussoir. Cette règle est le pendant de la règle 14 : celle-là interdit les modérateurs vagues qui atténuent une critique, celle-ci interdit les comparaisons vagues qui gonflent un compliment ou un reproche. Termes à charge dans l’analyse. Le vocabulaire que 3.C relève dans le texte analysé n’a pas sa place dans le commentaire qui le relève. Test opérationnel : retire le terme dépréciatif et vérifie que le constat tient. S’il tient, le terme était superflu ; s’il ne tient pas, le constat n’était pas établi.


Filiation et apport propre

ARGUS s’inscrit dans une tradition qu’il n’invente pas. L’expression « autodéfense intellectuelle » est de Noam Chomsky, et sa diffusion francophone est due à Normand Baillargeon (Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux, 2005). Les étapes 0.d et 0.e sont la descente à l’échelle du texte unique du modèle propagandiste d’Edward Herman et Noam Chomsky (Manufacturing Consent, Pantheon, 1988), dont les cinq filtres portent sur la taille et l’orientation vers le profit, la dépendance publicitaire, la dépendance envers les sources institutionnelles, la discipline exercée sur les médias par les puissants, et l’hostilité idéologique. L’annexe 4 doit ses tests d’ordre de grandeur et de taux de base à la tradition sceptique et zététique, de Darrell Huff à Carl Sagan, Henri Broch et Joel Best.

Ce qu’ARGUS ajoute à cette tradition tient en cinq points.


Licence

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Annexe 1 : Protocole ARGUS Light (version courte)

  1. Tester la pertinence (le texte est-il argumentatif ?)
  2. Classer le genre et le contrat de lecture
  3. Déclarer sa norme de preuve
  4. Analyser le dispositif d’ouverture (présupposés, périmètre, autorité)
  5. Reconstruire la thèse neutre
  6. Tester les absences et les qualifier selon les deux portes de 3.E
  7. Vérifier la symétrie épistémique (point H)
  8. Inférer l’intention stratégique (3 niveaux)
  9. Confronter le programme annoncé au contenu
  10. Appliquer les tests A (ordre de grandeur) et G (reproductibilité du comptage) de l’annexe 4 aux seuls chiffres porteurs au sens du §2 de cette annexe
  11. Conclure en distinguant qualités, défauts avec gravité, et asymétries
  12. (Obligatoire, version courte) Contrôle de cohérence de l’analyse, puis auto-critique

Le test des absences entre en version courte à partir de la V5.0.0, avec son temps 2 et ses deux portes. La raison en est interne au protocole : la passe à blanc du préambule désigne l’étape 1, le test des absences et la symétrie épistémique comme les trois questions du plus haut rendement, et la version courte en omettait une des trois. Le contrôle de cohérence de l’étape 8, qui vérifie la qualification des absences, y trouve du même coup son objet.

Le contrôle d’intégrité de l’objet et l’arrêt obligatoire de 0.a s’appliquent en version courte comme en version intégrale : ils précèdent l’analyse et ne relèvent pas du degré de détail de celle-ci. L’arrêt s’applique sans allègement : ses trois éléments, ses trois issues, son régime de dispense et son interdit sont ceux de 0.a. La version courte abrège l’analyse, non la décision qui la précède.

La règle 13 s’applique également en version courte, y compris la vérification externe minimale et, lorsque ses conditions d’activation sont remplies, le test de fidélité à une source primaire disponible. Une pièce primaire simplement fournie sans filiation établie reste une vérification externe ordinaire. Seul l’examen développé de 3.B est omis, non son minimum obligatoire. Une règle absolue ne devient pas facultative parce que l’analyse est abrégée.

La liste des douze opérations ci-dessus est le périmètre exécutable de la version courte : une étape du protocole intégral qui n’y correspond pas n’est pas exécutée, sous réserve de la portée des règles absolues définie au paragraphe suivant et de l’exception explicite de la règle 13. Le minimum de 3.B imposé par cette règle s’exécute donc en version courte bien qu’aucune des douze opérations n’y corresponde nommément, et l’énumération d’exclusions qui suit n’a valeur que de rappel des omissions les plus lourdes, non de liste exhaustive. Un point du contrôle de cohérence dont l’objet n’a pas été produit est vérifié comme sans objet, et non ignoré ; il ne devient pas pour autant une rubrique à renseigner, ce que l’étape 8 interdit. Une ligne suffit : « contrôle de cohérence effectué ; les points portant sur des étapes exclues de la version courte étaient sans objet. »

Portée des règles absolues en version courte. Elles gouvernent les opérations qui restent dans le périmètre ; elles ne réintroduisent pas à elles seules une étape exclue. La règle 11 s’exerce donc sur ce que la version courte produit, sans rétablir l’examen développé du registre de 3.G, et la règle 17 sans rétablir 0.f ni 7.c. La règle 13 est la seule exception, explicitement prévue au paragraphe précédent, parce qu’elle porte sur une obligation de preuve et non sur un degré de détail.

Les étapes avancées 0.d, 0.e, 0.f, 3.I, 3.J, 3.K, 7.c ainsi que les annexes 2 et 3 ne sont pas incluses dans la version Light. De l’annexe 4, seuls les tests A et G sont inclus ; les tests B à F en sont exclus.

Light et corpus ne se combinent pas. L’annexe 3 suppose des niveaux de 7.a et de 7.c pour chaque texte, et 7.c est hors de la version courte. Si l’utilisateur demande ARGUS Light sur plusieurs textes liés, le dire et proposer deux issues : le protocole intégral avec l’annexe 3, ou des analyses Light indépendantes, sans contrôle de cohérence inter-textes ni synthèse transversale. Produire une synthèse de corpus à partir d’analyses Light serait une conclusion transversale tirée de matériaux qui ne la portent pas. La clause « Face à l’absence d’éléments suffisants » de l’étape 7 s’applique en version courte comme en version intégrale.


Annexe 2 : Analyse des signifiants vides (annexe conditionnelle)

0. Condition d’activation

Cette annexe s’active soit à la demande de l’utilisateur, soit lorsque le point de contrôle placé en fin d’étape 2 est positif, c’est-à-dire lorsque la conclusion du texte varie selon l’endroit où l’on trace la limite d’un terme décisif de la thèse centrale. Ce test de frontière commande à lui seul l’activation, que le texte fournisse ou non une définition, un critère d’application ou une énumération. L’absence de définition, sans effet de la frontière sur la conclusion, ne suffit pas. La décision de ne pas activer l’annexe doit être motivée dans l’analyse.

1. Définition opérationnelle

Un signifiant vide (empty signifier) est un terme dont la puissance rhétorique et politique ne provient pas d’un contenu sémantique précis, mais au contraire de son absence de contenu stable. Cette vacuité permet à des interprétations hétérogènes, voire contradictoires, de s’y projeter.

Dans l’analyse argumentative, on s’intéresse aux signifiants vides stratégiques : ceux dont le flou remplit une fonction argumentative identifiable dans le texte, notamment :

Ne pas confondre : Un signifiant vide n’est pas une simple imprécision de langage. C’est un outil argumentatif dont le flou est fonctionnel.

2. Indices textuels de présence d’un signifiant vide stratégique

3. Grille d’analyse d’un signifiant vide

Pour chaque terme suspect, appliquer systématiquement :

4. Lien avec les étapes du protocole ARGUS

5. Exemple générique commenté

Prenons un texte fictif qui affirme : « Il est urgent d’agir face à la crise qui menace notre peuple. La fenêtre est étroite, mais nous la saisirons. »

Conclusion de l’analyse : Le texte repose sur une chaîne de signifiants vides ; sa solidité argumentative est faible.

6. Recommandation d’usage

Cette annexe est conditionnelle, et non facultative : en version intégrale, son activation est impérative dès que le point de contrôle de la fin de l’étape 2 est positif, et la décision de ne pas l’activer doit être motivée. Le coût de l’analyse n’est pas un motif recevable. Elle peut aussi être activée à la demande de l’utilisateur. Hors de ces deux cas, l’analyste peut signaler qu’un examen des signifiants vides serait utile, mais ne l’active pas unilatéralement. Cette proposition peut notamment être motivée par la présence de termes à forte charge symbolique et à faible définition lorsque le test de frontière n’est pas positif. Si la portée de la thèse varie effectivement selon la frontière de l’un de ces termes, le seuil est franchi et l’activation n’est plus une proposition : elle est obligatoire.

Pour une analyse rapide (ARGUS Light), ignorer cette annexe.


Annexe 3 : Protocole ARGUS-Corpus (analyse de plusieurs textes liés)

Préambule

Le protocole ARGUS, dans sa forme actuelle, est conçu pour l’analyse d’un texte isolé. Or de nombreux usages réels — dossier de presse, série d’articles sur un même sujet, corpus réuni par un tiers pour construire une synthèse ou un article dérivé — impliquent l’analyse de plusieurs textes liés entre eux, avec une exigence supplémentaire : la cohérence des jugements portés d’un texte à l’autre, et la possibilité de tirer une synthèse du corpus sans que cette synthèse ne se substitue frauduleusement à une conclusion que les textes pris isolément ne permettent pas.

Cette annexe s’applique en complément du protocole de base, appliqué texte par texte, et non à sa place.

C.1 — Déclaration de corpus (préalable, avant l’analyse du premier texte)

Avant d’analyser individuellement les textes du corpus, l’analyste doit répondre :

  1. Origine du corpus : qui a réuni ces textes, et selon quel critère (même média, même sujet, même période, sélection par un tiers pour une thèse préexistante) ?
  2. Homogénéité prévisible des sources : les textes proviennent-ils du même média, de la même ligne éditoriale, ou d’écosystèmes distincts ? Cette homogénéité, si elle existe, doit être déclarée avant l’analyse individuelle, car elle affecte par construction le test 3.I de chaque texte pris isolément (une circularité au niveau du corpus peut artificiellement abaisser la circularité mesurée à l’intérieur de chaque texte, si les mêmes sources se recoupent d’un article à l’autre).
  3. Risque de circularité de second ordre : si une synthèse doit être tirée de ce corpus, l’analyste doit noter explicitement que cette synthèse hérite des limites de représentativité de la sélection de départ (cf. C.4).

C.1 bis — Tri de pertinence du corpus et validation unique (avant l’analyse du premier texte)

Appliqué texte par texte, l’arrêt obligatoire de 0.a produirait autant d’interruptions que le corpus compte de textes. Pour un corpus, il est remplacé par un arrêt unique, placé après la déclaration de corpus et avant l’analyse du premier texte. Ce remplacement ne supprime aucun de ses éléments : il les regroupe.

  1. Tri de pertinence, une ligne par texte. Pour chaque texte du corpus, sa qualification de pertinence — forte, partielle par degré, partielle par composition, faible ou nulle — et sa raison en une ligne. Ce tri dit à quel degré chaque texte se prête à ARGUS ; il ne dit pas ce qui lui manque. Aucun constat d’analyse n’y figure : un défaut relevé à ce stade serait un jugement rendu avant l’analyse qui doit l’établir.
  2. Périmètre projeté, pour les seuls textes qui ne sont pas de pertinence forte. Un texte de pertinence forte n’a aucune restriction à faire valider, et la qualification suffit dans le tri ; sa déclaration de périmètre reste produite dans son analyse individuelle, au titre de 0.a bis. Pour les autres, sections nommées incluses, sections nommées exclues, et régime sous lequel les sections exclues seraient examinées.
  3. Validation unique, lorsqu’elle est requise. Une seule sollicitation de l’utilisateur, portant à la fois sur les périmètres projetés qui appellent validation et sur la composition du corpus lorsqu’elle n’est pas déjà fixée. Elle rappelle les trois issues de 0.a — valider, corriger le périmètre, renoncer — et y ajoute la seule qui soit propre au corpus : restreindre en bloc l’analyse à une partie des textes. Si la composition du corpus est déjà fixée par l’utilisateur et qu’aucun texte ne présente de périmètre projeté à valider, aucune sollicitation n’est fabriquée pour la seule forme.
  4. Réécriture dans C.1 de toute réduction du corpus. Si l’utilisateur restreint le corpus, la déclaration de corpus est reprise : textes écartés nommés, raison de leur écart, critère de sélection mis à jour. Sans cette réécriture, le test de représentativité de C.4 et le test de circularité de second ordre porteraient sur un corpus qui n’a pas été analysé. Une réduction du corpus est elle-même un acte de sélection, et elle en hérite les conséquences.
  5. Dispense et séparation des décisions. La composition du corpus et le périmètre ARGUS à l’intérieur de chaque texte sont deux décisions distinctes. Le fait que l’utilisateur ait fixé la liste des textes, leur ordre ou le régime d’exécution fixe la composition du corpus ; il ne vaut pas, à lui seul, validation d’un découpage interne en sections, sauf si la demande fixe aussi explicitement ce découpage. Pour un texte de pertinence forte, aucun périmètre projeté n’appelle validation : la ligne « périmètre égal au texte entier », motivée en 0.a bis dans l’analyse individuelle, est la déclaration normale du périmètre et ne déclenche pas la formule « périmètre non validé par l’utilisateur, arrêté unilatéralement par l’analyste ». Pour un texte qui appelle un périmètre restreint, les deux cas de dispense de 0.a s’appliquent normalement selon ce que l’utilisateur a effectivement fixé ou dispensé. Les deux formules de dispense sont mutuellement exclusives pour une même décision de périmètre : ne jamais les reproduire toutes deux et ne jamais renvoyer au lecteur le soin de choisir entre elles. Si seule la composition du corpus a été fixée, le dire comme tel ; ne pas transformer cette fixation de composition en une formule de périmètre.

Le tri porte sur des objets déjà contrôlés. Le contrôle d’intégrité de l’étape 0 s’exécute sur chacun des textes du corpus avant le tri, regroupé en un précontrôle unique qui nomme les documents complets et ceux qui paraissent tronqués. L’ordre importe : projeter un périmètre sur un document incomplet ferait valider une décision prise sur un objet qui n’est pas celui qu’on croit. Un document dont l’intégrité est douteuse est signalé dans la même sollicitation que les périmètres, et l’utilisateur peut le compléter, l’écarter ou en accepter l’analyse sous les réserves de l’étape 0.

Un texte que le tri qualifie de pertinence faible ou nulle est proposé à l’écart, et non écarté d’office : les issues sont celles de 0.a, la dérogation qu’elle prévoit restant hors de leur liste, comme 0.a le précise. Analysé à la demande expresse de l’utilisateur, il porte en tête la mention exigée par 0.a. Un texte effectivement écarté reste un élément du corpus soumis, et son écart se déclare en C.1 comme toute autre réduction.

C.2 — Application du protocole de base, avec ordre de traitement précisé

Chaque texte est ensuite analysé selon le protocole de base, dans l’ordre où il se présente, avec une règle de reprise : le contrôle d’intégrité et la qualification de pertinence de 0.a ont déjà été exécutés texte par texte en C.1 bis et ne sont pas recalculés. Chaque analyse individuelle réinscrit en tête l’objet exact, la qualification de pertinence retenue et, s’il y a lieu, la limite d’incomplétude déclarée au précontrôle avec les trois conséquences que l’étape 0 y attache ; elle reprend les éléments de 0.a bis déjà validés lorsqu’il y en a — périmètre, régime des sections exclues —, applique la règle de non-transfert, puis poursuit à partir de 0.b. Pour un texte de pertinence forte, elle produit à ce moment la déclaration de périmètre exigée par 0.a bis : périmètre égal au texte entier, avec sa raison. Cette déclaration pleine n’est ni une nouvelle validation ni un périmètre « arrêté unilatéralement » au sens de la seconde formule de dispense de 0.a. L’arrêt et la validation de 0.a ne sont donc pas rejoués texte par texte : le résultat de C.1 bis s’y substitue. Toutefois :

C.3 — Contrôle de cohérence inter-textes (obligatoire après le dernier texte)

Une fois tous les textes du corpus analysés individuellement, l’analyste doit produire un contrôle de cohérence explicite, répondant aux questions suivantes :

  1. Récapitulatif comparatif des niveaux attribués (sous forme de liste, conformément à la règle 15) : pour chaque texte, rappeler le niveau de gravité maximal attribué en 7.a et le niveau de propagande attribué en 7.c.
  2. Test de dérive par ancrage : deux risques distincts, à contrôler et à déclarer séparément. Ancrage de séquence : les textes analysés plus tard dans la séquence ont-ils reçu des niveaux systématiquement plus sévères ou plus favorables que les premiers, sans justification interne propre à chaque texte ? Si un écart est observé sans justification claire, il doit être signalé comme un risque de biais de série, et non silencieusement conservé. Ancrage de chronologie : lorsque l’ordre de traitement n’est pas celui des dates de publication, l’analyste a-t-il imputé à un texte antérieur ce que ses successeurs ont rendu visible ? Toute conclusion transversale portant sur une évolution dans le temps rappelle l’ordre dans lequel les textes ont effectivement été analysés.
  3. Test de symétrie des critères : un même type de défaut (par exemple, une généralisation non chiffrée, ou l’absence de la voix des personnes directement concernées par le sujet) a-t-il reçu un niveau de gravité comparable à chaque fois qu’il est apparu dans le corpus ? Si un même défaut est qualifié de « mineur » dans un texte et de « majeur » dans un autre sans différence de contexte justifiant l’écart, cela doit être corrigé ou explicitement justifié.
  4. Recommandation de relecture à l’aveugle (optionnelle, pour les corpus de plus de trois textes) : si la rigueur du contrôle de cohérence l’exige, l’analyste peut proposer de reprendre l’analyse du premier texte du corpus dans une conversation neuve, sans fournir les autres textes ni les analyses déjà produites, puis de comparer les deux résultats. C’est à cette condition seulement que la relecture est à l’aveugle : reprendre le premier texte après avoir vu tous les autres serait précisément l’ancrage que le point 2 cherche à détecter.

C.4 — Test de circularité de second ordre (obligatoire avant toute synthèse thématique)

Si une synthèse ou un diagnostic transversal doit être tiré du corpus (par exemple : « ce que ces textes, pris ensemble, révèlent d’un phénomène plus large »), l’analyste doit, avant de rédiger cette synthèse, répondre explicitement :

  1. Le corpus est-il représentatif du phénomène qu’on lui fait dire, ou seulement d’un point de vue éditorial particulier sur ce phénomène ? (Reprendre ici la déclaration faite en C.1.)
  2. Un corpus alternatif, réuni selon un autre critère ou une autre ligne éditoriale, permettrait-il de construire une synthèse substantiellement différente à partir de faits comparables ? Si oui, cela doit être signalé comme une limite de la synthèse proposée, pas seulement comme une nuance de style.
  3. La synthèse tire-t-elle une conclusion que chaque texte pris isolément ne permet pas, mais que leur combinaison rendrait possible de façon logiquement valide (agrégation légitime), ou bien la synthèse ajoute-t-elle un cadre interprétatif externe au corpus, non déductible de la seule combinaison des textes (apport propre à l’analyste ou à l’auteur de la synthèse) ? Cette distinction doit être rendue visible dans la rédaction finale — par une séparation structurelle (parties distinctes), et non par de simples nuances lexicales internes à un même développement.

C.5 — Registre de restitution : distinguer l’agrégation légitime de l’apport interprétatif

Toute synthèse tirée d’un corpus multi-textes distingue deux registres, et cette distinction est structurelle : deux sous-sections numérotées séparément, et non deux paragraphes d’une même rubrique. Une séparation seulement stylistique ne satisfait pas la clause.

C.5a — Ce que le corpus établit par agrégation légitime. Des faits ou tendances que plusieurs textes du corpus documentent chacun séparément, et dont la combinaison ne requiert aucune information extérieure au corpus pour être affirmée.

C.5b — Ce que l’analyste ou l’auteur de la synthèse y ajoute depuis l’extérieur du corpus. Toute interprétation, tout cadre causal ou politique plus large, toute généralisation à une échelle que le corpus seul ne couvre pas. Toute affirmation factuelle nouvelle introduite dans ce registre est sourcée selon la condition de comptabilisation de 3.B, et toute interprétation y est présentée comme telle : ce registre est le seul endroit où l’analyste parle en son nom, il n’est pas un endroit où la preuve se relâche. Ce registre s’ouvre par une déclaration explicite de son statut — « apport interprétatif extérieur au corpus » — et jamais dans la même voix que C.5a. La première personne, « je crois que », est un marqueur recevable de cette rupture, mais elle ne la remplace pas. Ces marqueurs sont énonciatifs et non modaux : ils attribuent une affirmation à son auteur au lieu de la faire porter par le corpus, et la règle 14 ne les vise pas, puisqu’elle interdit d’atténuer un constat, non de dire qui le porte.

C.6 — Note de fiabilité complémentaire pour les analyses de corpus

À la note de fiabilité standard (fin du protocole de base), ajouter, pour toute analyse de corpus :

Cette analyse porte sur un corpus de [N] textes réunis selon le critère suivant : [rappel de C.1]. Le lecteur est invité à garder à l’esprit que toute synthèse transversale hérite des limites de représentativité de cette sélection, et qu’un corpus construit différemment pourrait, à partir de faits comparables, conduire à une synthèse différente.


Annexe 4 : Contrôle arithmétique et statistique (annexe conditionnelle)

1. Raison de cette annexe

Le protocole de base audite l’origine d’un chiffre : qui l’énonce, avec quelle qualification, dans quel écosystème de sources. Il n’audite pas sa possibilité. Un chiffre peut être correctement attribué à une source identifiable, reproduit sans déformation, exempt de toute asymétrie de traitement, et rester impossible.

Soit l’affirmation suivante : « 2000 enfants meurent chaque heure dans ce pays depuis dix ans. » Attribuée à un universitaire nommé, elle satisfait l’audit des sources (0.d), échappe au test de circularité (3.I) et ne présente aucune asymétrie de traitement (3.J). Multipliée par 24 puis par 365, elle donne 17,52 millions de morts par an, dans un pays qui compte 20 millions d’habitants. Aucune étape de 0 à 8 ne demande cette multiplication.

Cette annexe fournit la multiplication manquante.

2. Conditions d’activation

Active cette annexe si le texte comporte au moins un des éléments suivants, dès lors que cet élément est porteur au sens défini après la liste :

Un chiffre est porteur dès lors que le texte l’offre en étayage d’une proposition centrale, même si la conclusion pourrait se maintenir sans lui. Le critère n’est pas l’indispensabilité de la donnée mais la fonction probatoire que le texte lui assigne : un chiffre présenté comme preuve engage sa vérifiabilité. La proportionnalité s’exerce ensuite dans la pondération de 7.a, non dans le refus d’activer.

Si le texte ne comporte aucun élément chiffré porteur, ne pas activer l’annexe et le dire explicitement, conformément à la règle 18.

3. Périmètre et déclaration préalable

Le contrôle porte sur les seuls chiffres porteurs au sens du §2, conformément au principe de proportionnalité. Un chiffre d’illustration inexact est un défaut mineur, qui se signale en une ligne. Un chiffre porteur inexact peut être rédhibitoire. Le critère de porteur est celui du §2 — la fonction probatoire que le texte assigne au chiffre — et non la dépendance de la conclusion à son égard.

Avant tout contrôle, l’analyste doit déclarer la liste des chiffres qu’il retient comme porteurs, et pourquoi chacun l’est. Cette déclaration précède le calcul et interdit de ne retenir après coup que les chiffres qui échouent.

4. Les sept tests

5. Interdit propre à cette annexe

L’analyste ne substitue pas son propre modèle à celui de l’auteur pour corriger un calcul. Il refait le calcul de l’auteur avec les données de l’auteur.

Si les données fournies par le texte ne permettent pas de reconstruire le résultat annoncé, le constat à porter est « résultat non reconstructible à partir des données fournies ». C’est un défaut du texte, non une invitation à recalculer autrement. Recalculer avec d’autres hypothèses que celles de l’auteur produirait une réfutation de l’analyste, non un examen du texte. Cette situation relève de la clause « Face à l’absence d’éléments suffisants » de l’étape 7. Le test A n’échappe à cette clause que pour le motif du coût : ni la lourdeur du calcul ni l’incertitude sur l’ordre de grandeur ne le rendent non renseignable. Il peut en revanche être non renseignable lorsque manque une donnée minimale nécessaire à son exécution — ensemble ou borne de référence, unité comptée, fenêtre temporelle ou correspondance entre le chiffre et son référentiel — et que cette donnée n’est accessible par aucune vérification recevable. Nommer précisément la donnée manquante. L’énumération ne dispense pas de chercher : une donnée que le texte ne fournit pas mais qu’un contrôle simple établit n’est pas manquante au sens de cette clause, et le test reste renseignable. Ce manque relève du test B seulement lorsqu’il s’agit effectivement d’un dénominateur absent ou inadéquat ; dans les autres cas, il reste un défaut de reconstructibilité du test A et n’est pas requalifié artificiellement en défaut de dénominateur.

6. Restitution

Les constats de cette annexe se restituent en 3.B, dans une sous-section intitulée « Contrôle arithmétique et statistique (annexe 4) », et se pondèrent en 7.a selon le test de substitution du protocole de base, avec les règles propres suivantes :

Les calculs vérifiés exacts doivent être listés en 7.b. Le contrôle arithmétique n’est pas un instrument à charge : refaire un calcul juste et le dire fait partie du travail.

7. Recommandation pour ARGUS Light

À la différence des annexes 2 et 3, deux des sept tests sont d’un coût négligeable et d’un rendement élevé, le test A et le test G. Ils sont inclus dans ARGUS Light. Les tests B à F, qui supposent un examen plus long, en sont exclus.

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